Le Groupe Agence Française de Développement (AFD) intervient en République Islamique de Mauritanie (RIM) depuis 1978.
À la une
L'AFD et le Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie signent une convention d'affectation du 3e C2D
L’AFD a signé le 15 avril 2013 avec le gouvernement de Mauritanie une convention d’affectation du troisième Contrat de Désendettement Développement (C2D) d’un montant de 3 millions d’euros, en faveur de la formation technique et professionnelle. Cette signature est intervenue dans le cadre d’une cérémonie plus large, en présence de Monsieur Laurent Fabius, visant l’adoption du Document Cadre de Partenariat de la coopération franco-mauritanienne 2013-2015.
Depuis 2000, des progrès ont été réalisés dans le domaine de la formation technique et professionnelle, qui ont permis d’améliorer la pertinence des programmes de formation et d’apporter un certain éclairage sur les besoins de l’économie en termes de compétences. Malgré des efforts soutenus, le dispositif actuel demeure sous dimensionné, aussi bien par rapport à la demande économique que par rapport au flux de jeunes quittant le système éducatif de façon prématurée. La qualité de la formation reste par ailleurs peu appréciée par les milieux professionnels, se traduisant in fine par une difficile insertion des jeunes formés.
Ainsi, l’appui de l’AFD permettra de renforcer l’offre et la pertinence de la formation technique et professionnelle, tout en soutenant son efficacité externe à travers la mise en place d’un dispositif d’insertion des jeunes.
Depuis la première intervention de l’AFD dans le secteur de l’éducation en Mauritanie en 2002, c’est au total près de 38.5 millions d’euros qui ont été engagés dans le secteur de l’éducation, dont 13.8 millions d’euros pour la formation professionnelle.
Soutenir les dispositifs innovants d'ONG pour l'insertion des jeunes
Relever le défi de l’insertion des jeunes suppose des approches innovantes. L’AFD a accueilli le 29 Janvier un séminaire dédié à « l’insertion professionnelle des jeunes au Nord et au Sud : quels acteurs pour quelles politiques d’insertion » ? L’évaluation des initiatives de la société civile en Mauritanie et au Mozambique présentées lors de cette rencontre ont permis d’explorer des pistes d’actions futures.
Plus de cent participants du Sud et du Nord
L’AFD a accueilli le 29 Janvier 2013 un séminaire organisé par le
CFSI
(Comité français pour la solidarité internationale), en partenariat avec
ESSOR
et le
GRET
, dans le cadre du programme
FISONG
* financé par l’AFD, l’Union Européenne et la Région Ile de France : « l’insertion professionnelle des jeunes au Nord et au Sud : quels acteurs pour quelles politiques d’insertion » ?
Cet atelier a rassemblé pour une journée de débats près de cent participants du Nord et du Sud, issus d’horizons divers, tous acteurs du développement en faveur de l’insertion des jeunes. Il s’inscrit dans le cadre d’une réflexion menée par l’AFD avec le ministère des Affaires étrangères et la société civile sur les politiques publiques en faveur de l’insertion des jeunes.
Formation à la teinture. Photo : GRET
Un nécessaire changement d’échelle
Cette démarche de concertation, de dialogue et de partage d’expériences, a permis de faire émerger une compréhension commune des enjeux ainsi que des pistes pour favoriser le changement d’échelle d’initiatives pilotes menées par la société civile.
La structure du marché du travail et de l’économie en Afrique sub-saharienne (poids de l’informel, du rural, faible capacité d’absorption de l’industrie et du tissu urbain…) ne permet pas de « dupliquer » des dispositifs ou des politiques déployés au Nord (caractérisé par 80% de salariat et près de 100% de taux de scolarisation).
La problématique des jeunes ruraux notamment est particulièrement sensible dans les pays du Sud où les logiques d’insertion sont souvent liées à des logiques familiales.
Des enseignements croisés peuvent cependant être tirés d’une approche comparative Nord - Sud.
Un chaînon manquant
Alors que la notion d’insertion s’est imposée en France dans les dernières décennies du XXème siècle, elle est très récente en Afrique. La définition des concepts d’insertion, de jeunesse(s) doit encore y être approfondie afin de concevoir et mettre en œuvre des dispositifs d’insertion pertinents.
Le constat d’un chaînon manquant entre formation et marché du travail dans les pays du Sud fait à ce stade consensus.
Deux initiatives innovantes
Les discussions ont porté en particulier sur deux expériences dans le cadre du programme FISONG 2009-2012 « Formation professionnelle, accompagnement vers l’emploi et l’insertion : mise en place de dispositifs de proximité au Mozambique (UPA) et en Mauritanie (Cap Insertion) ».
Ce programme a été mené par le CFSI (comme chef de file du consortium des ONG et chargé de la capitalisation),
ESSOR
au Mozambique et le
GRET
(en Mauritanie).
Le séminaire a permis de présenter les résultats de l’évaluation du programme et de rendre compte, auprès des différentes parties prenantes, des effets des deux dispositifs, de leur pertinence, de leur efficacité, de la viabilité et de la pérennité enfin de ces initiatives.
En matière d’efficience, les coûts rapportés au nombre de jeunes insérés peuvent sembler très élevés. Cependant, les acteurs s’accordent sur la nécessité de prendre en compte le coût social, politique et économique de l’absence de tels dispositifs…
Les ONG, « poissons pilote » des politiques publiques
En l’absence de politique nationale d’insertion dans nombre de pays, ces initiatives occupent une « niche » au niveau de l’accompagnement à l’insertion des jeunes, et expérimentent des dispositifs jusque-là inexistants. Ils proposent des réponses complètes et de proximité en visant des quartiers et des jeunes en difficultés.
La société civile contribue ainsi à la construction des politiques publiques, comme « poissons pilotes », « laboratoires » mais aussi comme catalyseurs par la sensibilisation et la professionnalisation des acteurs.
L’ensemble des participants ont souligné la pertinence de la stratégie pluri-acteurs mobilisée par les deux dispositifs étant donné le caractère multidimensionnel de l’enjeu d’insertion des jeunes.
L’ambition de contribuer à la construction de politiques publiques impose par ailleurs la mobilisation et l’engagement de tous les acteurs concernés.
Formation à la mécanique. Photo : ESSOR
Quels sont les facteurs-clés de réussite d’un projet ?
La rencontre a permis d’identifier des facteurs clés de succès pour inscrire ces projets dans la durée (autonomie et pérennité) et favoriser le changement d’échelle :
-la définition de parcours d’insertion, par essence multiples et non linéaires,
-la mobilisation, l’engagement et la coordination d’acteurs multiples et complémentaires (Etat, collectivités, entreprises, prestataires de formation, société civile…) à travers des cadres de concertation solides, et une claire définition des rôles et responsabilités ;
-l’ancrage institutionnel, l’objectif étant un service public (ensemblier) auquel contribue une multiplicité d’institutions en charge de la jeunesse (ministère emploi, jeunesse, affaires sociales, éducation, formation, supérieur…) et de parties prenantes ;
-la collecte, le traitement et la diffusion simple et équitable de l’information, l’asymétrie d’informations sur le marché de l’emploi et l’inégalité face aux réseaux sociaux étant des obstacles majeurs à l’insertion des jeunes ;
-la professionnalisation et la certification des métiers de l’insertion (accueil, information, collecte d’offres, accompagnement personnalisé, formation professionnelle, appui-conseil à la création d’activités, microcrédit…) ;
-la mobilisation de financements complémentaires (à la fois du secteur privé et du secteur public local et national, de la société civile et des bailleurs) et la définition de modèles économiques viables ;
-l’ancrage territorial et la contribution au développement local avec l’implication des collectivités locales pour toucher le public à insérer tout en répondant aux besoins d’un marché de l’emploi clairement identifié ;
-la combinaison de logiques d’offre et de demande et l’articulation entre finalité sociale (publics vulnérables) et économique (contribution au développement économique local).
Pour aller plus loin
L’insertion socioprofessionnelle des jeunes est devenue un enjeu économique, social et politique majeur. Cette problématique est au cœur de la stratégie de l’AFD.
Une conférence « Idées pour le développement » est organisée à l’AFD le 13 juin 2013 afin de poursuivre les échanges et intensifier le plaidoyer en faveur de politiques d’insertion adossées à des moyens budgétaires (« accepter le coût budgétaire de la jeunesse »).
Un nouveau programme FISONG dédié à l’apprentissage est lancé en 2013. Il inclut un exercice de capitalisation.
L’AFD soutient les secteurs de
l’éducation et de la formation
en faveur d’une meilleure insertion sociale et professionnelle des jeunes générations et appuie les
initiatives portées par les ONG
:
*
FISONG
: Facilité d’innovation sectorielle pour les ONG, instrument dédié au financement de projets novateurs à l’initiative des organisations de solidarité internationale.
* Encadré - CAP Insertion
L’initiative « Cap insertion » repose sur un centre d’appui à l’insertion des jeunes offrant une variété de services (accueil et orientation, préparation à l’insertion, accompagnement et suivi des jeunes).
Dans un pays où 55% de la population a moins de 20 ans, « CAP insertion » oriente, accueille et aide les jeunes issus de milieux défavorisés dans la région de Nouakchott, à définir leurs choix professionnels et les accompagne dans leur parcours d’insertion.
Trois antennes ont été mises en place : elles ont permis d’accompagner 2500 jeunes dans leurs démarches et mis en réseau de nombreux partenaires (entreprises, organisations professionnelles, centres de formation, institutions nationales publiques, mairies et acteurs locaux…).
A compter de 2013, 2 antennes sont reprises par les autorités publiques (MEFPNT) et 1 par la communauté urbaine de Nouakchott.
Les relations Chine - Afrique : impacts pour le continent africain et perspectives Conférence le 8 février à 16h Retransmise en DIRECT
Lors de la 5e conférence ministérielle Chine-Afrique en juillet 2012, la Chine a annoncé qu’elle allait doubler ses crédits au continent africain au cours des trois prochaines années. Pékin va investir 20 milliards de dollars en Afrique dans des projets visant le développement de son agriculture, son industrie, ses infrastructures…
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Éducation et formation en Afrique : quels enjeux ? Quels nouveaux outils ?
Où en est aujourd'hui l'Afrique subsaharienne en matière d'éducation et de formation professionnelle ? Est-elle en mesure d'accompagner ses futures générations vers l'emploi ? De quels atouts et outils dispose t-elle? Quatre experts de la division éducation (EDU) nous apportent dans une interview vidéo des éléments de réponse à travers un panorama de la problématique éducative et formative en Afrique subsaharienne.
Crédit photo : 2iE, AFD
En Afrique, les deux tiers de la population ont moins de 24 ans
L’éducation est à la fois un droit fondamental et l’une des clés du progrès social et du développement économique, essentiel à la lutte contre les inégalités. En
Afrique
, 2/3 de la population a moins de 24 ans. Cette jeunesse est l’avenir du continent, son plus grand espoir mais constitue aussi un énorme défi pour le développement puisque 20% des jeunes sont actuellement au chômage.
Cette croissance doit à tout prix rester un atout pour bâtir une Afrique innovante, productive, économiquement solide et socialement solidaire, et non devenir un obstacle à ses chantiers de développement. Pour y parvenir, il lui faut miser en priorité sur l'éducation et la formation professionnelle.
Éducation de base mais aussi formation professionnelle
Avec cette tendance démographique et la montée du chômage, il est nécessaire d'intégrer dans notre approche non seulement les préoccupations relatives à
l'éducation de base
mais également à l'enseignement secondaire, supérieur, la formation professionnelle, avec un accent mis sur
l’insertion et l’emploi des jeunes
. Face à ces défis, l'AFD au cours des dix dernières années a investi plus d'un milliard d'euros dans le secteur de l'éducation/formation, dont 2/3 sur le continent africain. Et dans les trois prochaines années, ses financements dans l'éducation devraient s'élever à plus de 500 millions d'euros, toujours majoritairement sur le continent africain.
(Synthèse de l'intervention de Virginie Bleitrach).
L’effectif scolarisé a augmenté de 31% en dix ans
Depuis une dizaine d’années, des progrès considérables ont été faits en termes d’accès à l’école primaire. L’Afrique subsaharienne a enregistré les résultats les plus importants ces dix dernières années.
Entre 1998 et 2009, l’effectif scolarisé a augmenté de 31% (soit 58 millions d'élèves supplémentaires).
En dépit de ces résultats, 1/4 des enfants qui devraient être à l’école n'est toujours pas scolarisé. C’est désormais aux autres cycles d’enseignement qu’il faut améliorer l'accès, notamment le cycle secondaire. Seuls 34% des enfants y accèdent à l'heure actuelle.
Le défi de la qualité de l'enseignement
Actuellement, 47 millions de jeunes en Afrique subsaharienne ne disposent pas des compétences de base pour lire et écrire. L’AFD s’est attachée ces dernières années à soutenir les réformes nationales éducatives en appui avec les autres partenaires techniques et financiers.
(Synthèse de l'intervention de Marion Butigieg)
La formation professionnelle est un secteur en pleine expansion dans la majorité des pays d'Afrique subsaharienne. Leurs dirigeants ont placé parmi leurs priorités la formation professionnelle et l'insertion des jeunes.
Cela dit, l'on part de loin, car beaucoup de pays ont des dispositifs de formation sous-dimensionnés, des équipements obsolètes, des formateurs n'ayant pas bénéficié de recyclage de formation continue depuis très longtemps.
Faire correspondre l'offre et la demande sur le marché du travail
Il résulte des éléments précédemment énoncés qu'un grand nombre de jeunes en fin de cursus, bien qu'effectivement formés, ont un profil en inadéquation avec les besoins du marché du travail qu'il faut, par ailleurs, identifier et anticiper. La situation est difficile, mais reste cependant encourageante puisque de nombreux pays ont mis ce point leur agenda politique.
L'AFD reçoit de plus en plus de demandes visant à réunir les conditions d'un rapprochement de la formation professionnelle et du marché de l'emploi. Cela passe par une mise en relation entre les centres professionnels et les entreprises (par le biais de partenariats publics-privés), de façon que les secondes puissent indiquer aux dispositifs de formation et d'apprentissage quels sont exactement leurs besoins de compétences actuels et les emplois à venir.
Revaloriser la formation aux métiers
Cette volonté se traduit par la mise en place de dispositifs de formations plus souples, courtes, orientées vers le métier, certifiées et reconnues et qui, de facto, vont bénéficier d'une image plus positive qu'elle ne l'est actuellement. En effet, dans ces pays, l'apprentissage ou la formation aux métiers est encore considéré comme peu valorisant par les parents et par les jeunes eux-mêmes.
Fédérer les compétences pour faire de la formation un outil complet
Dans la plupart des pays, on peut constater que seulement 5% du budget de l'Éducation nationale est alloué à la formation professionnelle. Ce qui est totalement insuffisant. Pour relever ces défis, nous essayons de travailler en synergie avec d'autres types de compétences que les nôtres - la formation professionnelle n'étant qu'un outil dans le paysage de l'aide au développement. Il faut des synergies avec, par exemple, les départements et les divisions qui s'occupent de l'appui au secteur privé et de la microfinance, ou encore les départements spécialisés dans l'appui au développement agricole et aux métiers en milieu rural.
L'AFD a appuyé un peu plus de 60 projets dans une quinzaine de pays pour un montant d'environ 280 millions d'euros et la demande est de plus en plus forte.
(Synthèse de l'intervention de Christian Fusillier)
Les NTIC, une solution pour améliorer l'accès et la qualité de l'éducation et de la formation ?
De manière générale, les problèmes identifiés ont trait à la qualité de l'éducation, au delà de l'accès proprement dit, et à l'adéquation des formations avec les besoins des secteurs productifs. À l'AFD, nous sommes convaincus que les outils numériques sont tout à fait adaptés au développement et à l'amélioration de la qualité de l'éducation et de la formation en Afrique. Aujourd'hui, beaucoup de freins sont levés. Le taux de pénétration du téléphone mobile en dix ans est considérable. On était au début des années 2000 à 10% de taux de couverture géographique en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, nous sommes à 80%. Cela représente par ailleurs 30 % de la population.
L'investissement dans les NTIC, un indicateur de performance des systèmes éducatifs ?
L'OCDE élabore des études et tests de performances des élèves, le PISA (acronyme de "Programme for International Student Assessment "), en français, "Programme international pour le suivi des acquis des élèves". Celui-ci montre que les pays qui utilisent de manière poussée les outils numériques sont les plus performants. Les jeunes Finlandais qui bénéficient d'un ordinateur pour deux élèves au collège sont les premiers en maths au test PISA, les Sud-Coréens, très bien équipés également, sont seconds alors que les français arrivent au 17ème rang parmi la soixantaine de pays évalués.
L'investissement dans les technologies joue un rôle déterminant dans les performances des élèves et donc des systèmes éducatifs. En Corée du sud, pays qui a fortement investi pour ses technologies en éducation dès le début des années 90, les enseignants utilisent les TIC pour enseigner. Avec l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF), nous mettons en place des programmes et des dispositifs pour accompagner et sensibiliser les enseignants à la prise des nouvelles technologies de l'information
Trop de projets isolés, pas assez de coordination
Il existe aujourd'hui beaucoup de projets pilotes sans suite, sans écho du fait d'un manque de coordination entre les bailleurs de fonds et les programmes sectoriels de l'éducation mis en oeuvre par les gouvernements. Cette coordination est pourtant une condition pour que ces projets puissent être déployés à l'échelle d'un pays ou d'un système éducatif.
L'AFD a donc réuni un groupe de travail avec des bailleurs de fonds, des utilisateurs du sud, des universitaires et des chercheurs pour essayer de formuler des propositions qui aideront à passer du stade de l'expérimentation des projets à leur mise en oeuvre effective dans les systèmes éducatifs africains.
(Synthèse de l'intervention de Jean-Christophe Maurin)
"Paris, Ouagadougou, même combat?" Promenade vidéo
Penser avant tout les villes comme des réseaux
Chaque ville , quel que soit son degré de modernité, ressemble à un maillage, une superposition de réseaux, pour la plupart visibles dans le paysage urbain. Qu'il s'agisse des réseaux d'électricité, de gaz, de télécommunication, de drainage des eaux usées ou des eaux pluviales , toutes ces fonctions sont tendues vers un but commun : garantir la sécurité, le bien-être et le mieux-vivre des populations citadines.
Première caractéristique d’une ville du Sud : une gestion publique lacunaire
Les éléments les plus banals d'une ville d'un pays du "Nord", perçus comme "allant de soi" - car ancrés depuis très longtemps dans le quotidien de sa population - sont encore inexistants ou alors extrêmement rares dans les villes du "Sud". L’on pense, entre autres, à des objets urbains ordinaires tels que les plaques de rues, d’égouts, les lampadaires, les routes goudronnées qui contribuent respectivement à la fois à l’adressage et l'identification des lieux et de leurs résidents, à la préservation de l’hygiène et de la santé publique , à la circulation des personnes et des biens de consommation ; comme autant de missions dont sont en charge les collectivités.
Les villes du Sud se signalent en général par l'absence de tels réseaux consolidés et dotés d'un fonctionnement optimal. Au mieux va-t-on trouver quelques éléments communs, comme des réseaux téléphoniques, des routes, des rues, mais sans revêtement, sans pavés et inondables à cause de canalisations peu fonctionnelles ou saturées, des quartiers et habitations sans panneaux de signalisation, un déficit d’éclairage public etc.
Cadastres et signalisations : des prérequis pour la gestion urbaine
A Paris, la présence de plaques de rue nous paraît normale. Pourtant, celles-ci sont inexistantes dans la plupart des villes et capitales des pays en développement. Or, en l'absence de telles indications, il n'est pas possible d'adresser des courriers, d'envoyer des avis d’imposition, de collecter correctement les taxes qu'en définitive, aucun dispositif n'oblige à payer. Cet état de fait est l'un des symptômes de l'absence de systèmes cadastraux véritablement opérationnels dans ces pays, s'agissant de la gestion, entre autres, des unités foncières et de l'historique des parcelles.
Dans ces conditions, il est difficile voire impossible de savoir avec exactitude qui habite à tel ou tel endroit, ni combien de ménages, d'enfants, de personnes âgées ou ayant un handicap y résident. Pas plus qu'il n'est possible de déterminer qui est le propriétaire ou le locataire du lieu concerné, et ainsi d'être en mesure, par exemple, de collecter les taxes de vente.
Parvenir à une combinaison efficace du politique, de l'administratif et du technique
Si l'adressage est important, il ne suffit pas de peindre un numéro sur une porte comme on le voit dans beaucoup de pays africains, en espérant que cela suffise à résoudre le problème. Pour pouvoir organiser la vie de la cité, sa gestion, son développement, le processus est plus complexe et long à mettre en œuvre. C’est toute la gestion dans l’administration publique qu'il faut organiser et réformer, car c'est par cet instrument que l'Etat est en mesure de recencer, de savoir en temps réel ce qui se passe, et de gérer la ville dans le long terme. La plaque de rue est en quelque sorte le symbole de la gestion urbaine, laquelle englobe la plupart des services dont les citadins bénéficient au quotidien.
Le grand enjeu pour ces Etats et les institutions d'aide au développement, dont l’AFD, est de savoir comment créer tous ces réseaux urbains essentiels, les mettre en place, financer à la fois l’investissement dans ces infrastructures et mettre en œuvre les services adéquats pour les entretenir.
Sans réseaux d’assainissement, par exemple, dans les villes du sud, toutes les eaux usées se déversent dans les rues, les parcs, les cours d'eau naturels. Le défi n'est peut-être pas de parvenir à un résultat se rapprochant au plus près de Paris, ville particulièrement moderne, mais a minima, de disposer des services essentiels pour éviter que les déchets et eaux usées restent dans les maisons ou souillent les rivieres, garder les rues praticables et permettre aux citadins d'avoir accès à l’eau potable.
L'îlot Chalon : un exemple de reprise en main urbaine réussie
La transformation de ce quartier parisien, longtemps abandonné à sa paupérisation atteste qu'il n'existe pas de technique ou de modèle prédéfini à même de créer une ville moderne, agréable et bien gérée. Il faut penser à la fois aux équipements, aux logements, aux réseaux susdécrits, à la nature des activités que l'on veut y développer (des bureaux, un centre d'affaires, ou un espace vert par exemple) et notamment reconnecter cet ensemble avec les axes de transports. Tous ces projets nécessitent une réflexion globale, politique au sens de "gestion de la cité", qui doit se traduire par des politiques puliques qui doivent être cohérentes et complémentaires dans un même espace donné. L’autre élément est la manière dont ces opérations sont menées, en tenant compte d’abord de la durée : l'on parle en effet de projets dont le financement et les travaux s'échelonnent sur 20 ou 25 ans. Il faut, à cet égard, s'assurer de tenir la distance grâce à des institutions solides, politiquement, techniquement, financièrement pour porter de grands chantiers.
"La ville finance la ville" car l’opération se finance au fur et à mesure par la plus-value que la collectivité obtient en revendant les terrains qu’elle a achetés à bas prix dans les quartiers pauvres, après les avoir réaménagés. Cette plus-value permet de financer les équipements et, au bout du compte, l’opération urbaine s’autofinance sur une durée de 20 ans ou plus. Ce principe de l’aménagement n’existe pas en général dans les pays où l’AFD intervient. Il s'agit d'une véritable lacune qui va bien au-delà de la contrainte financière stricto sensu – puisqu' une petite avance de trésorerie suffirait pour acheter des terrains. Plus fondamentale est la question du fonctionnement et de la capacité des autorités locales à porter ces projets, et d'un point de vue technique, de disposer des ressources humaines suffisantes pour élaborer et mettre en œuvre une politique d’aménagement du type de l’îlot Chalon.
La procédure à suivre, selon le principe "La ville finance la ville"
Comment les choses se font concrètement ? La puissance publique commence par prendre possession des quartiers en déshérence via des expropriations, des préemptions voire des achats simples. Une fois que la puissance publique s'est rendue maître des terrains, elle peut détruire, reconstruire, aménager et réaménager à sa guise pour créer des nouveaux quartiers qui vont continuer à évoluer plus ou moins positivement, en fonction des choix qui auront été faits.
Si les villes sont constituées partout des mêmes choses, elle ne fonctionnent pas de la même manière. La raison est en partie liée au financement. Le maire de Paris dispose de 4000 euros par an et par habitant pour entretenir et investir. Le maire de Ouagadougou (commune de 1.300 000 habitants) dispose de 20 euros par an et par habitant. A titre de comparaison, le budget de cette ville, capitale du Burkina Faso, est inférieur de moitié au budget de la ville de Rodez, qui compte 25 000 habitants. Le maire de Lomé va disposer d’environ 8 à 10 euros par an et par habitant, le maire d’une petite ville du
Bénin
d’un demi-euro par an et par habitant... L’enjeu est donc évidemment d’augmenter les financements, les capacités pour une collectivité locale d’avoir à sa disposition suffisamment de financement pour investir dans le territoire sous sa juridiction, et l'entretenir. L’écart entre villes du Nord et villes du Sud est aujourd’hui abyssal, et notre défi est de parvenir à le combler.
Afrique centrale, orientale et australe & Madagascar, Lesotho, Liberia, Madagascar, Mali, Zambie, Zimbabwe, Dvpt Urbain, Djibouti, Maurice, Malawi, Mozambique, Mauritanie, Collectivités locales, Ouganda, Nigeria, Ethiopie, Erythrée, Tanzanie, Namibie, Angola, Niger, Togo, Botswana, Tchad, Gabon, Burkina Faso, Soudan du Sud, Burundi, Sao Tome et Principe, Afrique de l'Ouest, Bénin, Kenya, Soudan, Cap Vert, Comores, Sierra Leone, Sénégal, Somalie, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Congo, République centrafriaine, Rwanda, Gunée équatoriale, République démocratique du Congo, Guinée, Gambie, Cameroun, Ghana
Sahel : comment éviter un nouvel Afghanistan ?
Partition, islamisation, miliciarisation, contrebande... A bien des égards, les récents événements qui secouent le Mali et la région sahélienne, semblent faire écho à l'imbroglio afghan. Le scénario d'une "afghanisation" est-il une tendance vouée à se durcir ou une vue de l'esprit ? Des personnalités, dont Erik Orsenna et Jean Michel Severino, ancien directeur de l'AFD, ont apporté un éclairage sur cet enjeu central pour la stabilité et le développement de la région, lors d'une conférence organisée par la FERDI le 29 juin dernier.
Le Mali en point de mire
Le sujet sahélien inquiète, à l’heure où, au Mali, les villes de Tombouctou, Gao et Kidal sont aux mains des groupes rebelles. Dans ce contexte, huit conférenciers présents ont croisé leurs points de vue et expertises pour proposer un panorama le plus vaste possible :
Patrick Guillaumont, président de la FERDI, Philippe Perdrix, rédacteur en chef adjoint de « Jeune Afrique », Serge Michailof, consultant pour la Banque Mondiale et d’autres institutions d’aide, l’écrivain et académicien Erik Orsenna, Tertius Zongo, ancien premier ministre du Burkina Faso, Jean-Marc Châtaigner, directeur général adjoint de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats au ministère des Affaires étrangères et européennes, Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’AFD et Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l'Ouest au sein de l'International crisis group (ICG).
L'islamisme, un « cheval de Troie » dans le mouvement indépendentiste touareg
Le cas malien a évidemment fait l’objet d'un traitement appronfondi, tant celui-ci s’impose, avec fracas, à nos consciences comme un condensé des maux réguliers dont souffre l’Afrique subsaharienne.
Une spécificité qui ne doit pas faire perdre de vue que certains maux sont parfaitement exogènes et constituent une donnée nouvelle ; l'on pense principalement à l'arrivée massive d'islamistes d'obédience wahhabite éloignés, tant dans leur conception de l'Islam que dans sa pratique, de la tradition soufie locale, pour grossir les rangs des rebelles touaregs dans le nord du pays avant de les en évincer. Un islamisme qui s'apparente à un cheval de Troie au sein du mouvement indépendentiste touareg et, à plus forte raison, au sein d'un territoire duquel cette sensibilité intégriste n'a pas naturellement émergé.
Des politiques publiques inefficientes à repenser en amont
Plus structurellement, le problème malien peut, à juste titre, être considéré comme la conséquence indirecte d’une accumulation de politiques publiques fondées sur des choix erronés ou à courte vue, et parfois totalement déconnectées des réalités vécues par les populations.
Ces manquements créent les conditions de retournements qui minent les efforts de démocratisation et de développement, favorisent la montée de la colère sociale, la fixation d’une économie souterraine, un climat d’instabilité politique et, en l’occurrence, renforcent les velléités putschistes et sécessionnistes.
Le constat général est alarmant, mais le propos de la conférence s'est néanmoins défendu de tout afro-pessimisme. En effet, bien que le Mali - pays paisible aux acquis démocratiques indéniables - soit fondé à craindre, à terme, une déferlante des logiques tribales, ethnicistes, religieuses, et leur prévalence sur les principes démocratiques; il existe, selon les intervenants, de nombreuses options à même d'inverser le cours des événements. Des risques de balkanisation du Mali et d'internationalisation du conflit découle un certain nombre d'interrogations sur la nature des moyens à mobiliser pour résoudre la situation à très haut risque que connaît le pays, et à travers lui toute la région sahélienne. De quoi exhorter les responsables à réfléchir avec précaution sur le(s) type(s) d’intervention(s) que les Maliens, la CEDEAO et leurs partenaires français et européens doivent envisager sans que cela n'expose davantage les populations civiles.
Agir pour contenir les effets catastrophiques de la progression des miliciens islamistes et du climat d'anarchie, sans pour autant accroître les lignes de fracture qui se font déjà sentir au sein de la nation malienne ; telle est l'équation - et l'un des défis majeurs - qui attend les principaux Etats et les acteurs civils de cette région.
Abandon du secteur rural : la mauvaise orientation de l'aide publique au développement sur le banc des accusés
Le Mali intéresse, en outre, les acteurs français de l’aide publique au développement (APD) qui fait l'objet de controverses quant à sa capacité à répondre efficacement aux besoins de ses partenaires et bénéficiaires. Le Mali et le Sahel paient le désintérêt des grands donateurs et de l'Etat pour le développement rural. Le même décalage entre la réalité et les programmations stratégiques a été constaté en Afghanistan où seulement 5% de l’aide internationale a été placée dans ce secteur, dans un pays pourtant rural à 75% !
Quand le Mali éternue, le Sahel s'enrhume. De là naît la nécessité de penser les moyens d'un retour au statu quo ante, afin d'éviter un "pourrissement" et un effet de contagion qui entraîneraient les pays sahéliens dans un cycle de réveils et de divisions identitaires, accompagnés d'une radicalisation et d'une régression socio-culturelle qui, à leur tour, les feraient irrémédiablement sortir de leur trajectoire de croissance, amorcée au début des années 2000.
Le Sahel est une véritable poudrière. Une conflagration risquerait de compromettre durablement les progrès économiques (une croissance entre 4 et 5%) constatés, malgré des épisodes de sécheresse, dans les pays comme le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger.
Pour Erik Orsenna, "le Mali paie le prix de l’inaction" [politique et économique] de son gouvernement et des partenaires français et européens face à la somalisation rampante de la bande sahelo-saharienne. Aux difficultés économiques des populations s’est greffé ce que ce dernier a nommé "le service après-vente désastreux de l’ingérence en Libye [qui a favorisé le reflux massif de touaregs et autres mercenaires armés]". Une conjonction de facteurs internes et externes qui pose le Mali en "victime collatérale".
Combiner enfin sécurité et développement
"Sécurité" et "développement" ont été les deux principaux axes complémentaires abordés lors de cette conférence, avec en creux, la critique des décideurs qui envisagent l’articulation de l'un sans l’autre dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques intégrées. Un impératif de sécurité dont le volet préventif gagnerait à être renforcé, afin d'anticiper les actions subversives et le déclenchement de conflits. L'appui en question doit être à la fois financier, matériel et logistique.
Entre mauvais procès infâmants et critiques relativement justifiées portant sur la planification stratégique et opérationnelle, l’APD n’a d’autre choix que de se réinventer en permanence, de revoir ses priorités, sans, bien entendu, que ne soient surestimées son importance et ses répercussions réelles. Car, comme l’a rappelé Serge Michailof, « une aide bien gérée peut faciliter la mise en œuvre d’un accord politique [comme cela serait souhaitable dans le cas du Mali], mais ne peut en aucune manière se substituer à la volonté d’agir des gouvernements africains ».
Le fonctionnement de l'APD n’est, bien entendu, pas exempt de critiques, et tous les intervenants, Jean-Michel Severino en tête, ont regretté voire condamné avec virulence le fait que l’aide soit davantage présentée (et perçue) comme un enjeu d’affichage type "communication politique", avec chiffres gonflés à l'appui, qu’un enjeu d’efficacité et de résultats réalistes et concrets : "Oui, l'APD est inefficace quand elle est gérée idiotement, a tonné Jean Michel Severino, et ne doit plus se limiter à des promesses et à des habillages statistiques".
Le Sahel a besoin d’une aide conséquente pour assurer durablement son développement. Il lui faudrait recevoir, selon les estimations des intervenants, de 1,5 à 2 milliards de dollars additionnels d’aide par an pendant 10 ans pour espérer approcher de cette objectif. La France quant à elle devrait dégager 300 millions d’euros par an de subventions, soit 3% de son aide globale, à cette fin. Or, elle n’a consacré que 14 millions d’euros par an au Sahel au cours des trois dernières années (soit 1,4 millième de l'aide globale s'élevant à 10 milliards d'euros) [1].
Sans la présence d’États forts et responsables, dotés d'institutions solides, résolus à entreprendre des réformes profondes, toute aide financière et matérielle s'avère coûteuse et inefficace puisque mal absorbée. Tersus Zongo estime que la faiblesse structurelle de l’État constitue un problème fondamental en Afrique et le fait le plus saillant dans la crise malienne. Une défaillance combinée à la négligence dont a souffert le secteur rural, grand oublié des réformes nationales et de l’aide internationale.
La nature a horreur du vide. L’État, a ajouté Tersus Zongo, a laissé se développer en marge de son autorité des zones de contrebande (de drogue, de cigarette, d’alcool et d’armes) où les touaregs de l'Azawad et les islamistes font office de courroies de transmission : "Dans cette partie du territoire, il y a des individus immensément riches, bien plus que l’État lui-même et qui contrôlent plus de structures locales que celui-ci. C’est la volonté politique qui conditionne le succès des réformes de la décentralisation, c'est à l'État de savoir où l’argent de l’aide doit être placé et de veiller à conserver le monopole de ses fonctions régaliennes, dont la sécurité nationale. Par ailleurs, il nous faut cesser [Africains et Européens] de penser uniquement 'l'aide au développement', mais commencer à penser aussi 'l'aide à la sécurité" et agir dans ce sens."
Les responsables politiques et les acteur de l'APD doivent convenir des points suivants : primo, s'appliquer avec grande contention à la redynamisation des zones rurales laissées à l'abandon, et qui, à cause de la désertification et faute de perspectives économiques pour leurs populations, se transforment en zones de non-droit et en plaques tournantes de traffics en tous genres. Secundo, la priorisation des objectifs et missions par l’APD : autrement dit, dans le cas du Mali et de tous les « États fragiles », axer l'aide future sur les besoins élémentaires ( l'autosuffisance alimentaire et l'accès à l'eau potable pour tous). Tertio - et ce point concerne uniquement les gouvernants africains -, la préexistence d'une vision et d'une volonté de planification rigoureuse du développement, dont l'amorce passe par un dialogue inclusif avec toutes les communautés et collectivités.
Dans l’urgence malienne, les experts réunis ont considéré qu’il reste des canaux diplomatiques à explorer et des missions à mener, en appui aux efforts, unanimement salués, de la CEDEAO depuis le renversement du président Amadou Toumani Touré. L'idée d'une intervention militaire directe étrangère qui pourrait effectivement créer un "bourbier dans la région" n'emporte guère l'adhésion même si chacun pressent la confrontation inéluctable.
Gilles Yabi a souhaité mettre l'accent sur les risques de guerre civile à caractère ethnique et de "morcellement du pays" que comporterait une intervention militaire (interne et a fortiori extérieure), tout en soulignant que l'ensemble des Touaregs ne se reconnait pas dans l'action du MNLA et encore moins dans celle des jihadistes d'Ansar el dine et du Mujoa, et que cette communauté pourrait compter parmi les premières victimes d'une guerre interethnique.
Par ailleurs, même en le voulant, le Mali est actuellement dépourvu d’un leadership et l’armée régulière n’a pas assez de ressorts à faire jouer pour mener seule un combat de longue haleine contre les rebelles sur un territoire aussi immense. L’incertitude pèse cruellement sur cette armée, psychologiquement et matériellement mal préparée. L'option de la négociation reste ouverte, mais à condition que les autorités maliennes légitimes se dotent d'une capacité de dissuasion leur assurant autorité et crédibilité. Un besoin impérieux auquel seule l'aide internationale peut pourvoir.
"Il faut accélérer le temps de la décision et de l'action, car chaque jour voit augmenter un peu plus le risque que les populations se solidarisent avec l’ennemi et que les modes de vie inspirés de la cha'aria s'installent progressivement dans les esprits", a prévenu Tersus Zongo.
Quel rôle pour la France ?
De toute évidence, le Mali semble éloigné des priorités de l’agenda international. L’État français, bien que suivant de très près son évolution et exprimant de très vives inquiétudes, ne souhaite pas engager ses forces sur ce nouveau terrain incertain, échaudé par l'expérience récente en Afghanistan. Au meilleur des cas, il serait possible d'envisager le déploiement d'une «task force » internationale combinant les axes « politique », « sécurité » et « développement » pour agir dans la durée sur les points de vulnérabilité susdécrits. Dans l’immédiat, l'urgence de la situation exige des moyens politique, diplomatique et logistico-militaire via l'apport d'une assistance et d'une formation accrues aux forces de sécurité maliennes (avec l'accord, il va sans dire, de l'État malien), mais dans le moyen terme, c’est une contribution active à un développement économique ciblé et au renforcement des États malien et sahéliens qui doit devenir l'une des priorités de l'aide internationale.
Le Mali est une crise au temps long qui fait également figure de "procès du bilan de 50 ans d’aide au développement" aux résultats contrastés. Une période durant laquelle les limites criantes de l'aide confiée aux organisations multilatérales et des arbitrages privilégiant une multitude d'autres engagements moins prioritaires ont été éprouvées. Avant un "grand plan Marshall" pour l’Afrique subsaharienne qui financerait, entre autres, les réformes agraires et la décentralisation , il faudrait convenir au préalable de programmes nationaux viables que l’aide étrangère appuierait ensuite par le biais de subventions.
Il est pour l’heure possible de tirer des enseignements préliminaires des éléments qui ont concouru à l'aggravation de la situation malienne, de l'inertie générale et du "laisser-faire" qui ont permis la montée en puissance des milices armées au détriment de l'État. Cette attitude attentiste persiste hélas, tandis que des violations et régressions sont recensées, jour après jour, tant sur le plan humanitaire (exactions contre les civils, pillages, destruction de points d'eau, crise alimentaire et déplacement massif de populations vers le sud du pays[2] ) que des libertés (l'application stricte de la cha'aria, la destruction des mausolées de Tombouctou et l'apparition de crimes d'honneur).
Une nécessaire convergence de vues entre les Africains devra être obtenue pour arriver à une décision commune, et lourde d'implications, qui engagera, en tout état de cause, l'avenir de toute la région.
[1] chiffres énoncés dans l'article de Serge Michailof " Le nord du Sahel a besoin d'un plan Marshall pour sortir de la violence " dans lequel celui-ci pointe du doigt notamment le caractère fictif des 10 milliards d'euros d'aide publique dont 4 milliards transitent par les organisations multilatérales, dont l'action est jugée inefficace par l'auteur.
[2] 270 000 personnes déplacées depuis le début de la crise en janvier (estimation du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires - OCHA)
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