© Arsenie Corseac

Le nouvel État du Soudan du Sud est devenu indépendant le 9 juillet 2011 dernier, avec pour capitale Juba. Les projets sont identifiés et suivis par l’Agence régionale d’Addis Abeba (Ethiopie).

À la une

"Paris, Ouagadougou, même combat?" Promenade vidéo

06/08/2012

Dans cette interview vidéo itinérante dans Paris, Guillaume Josse, urbaniste à l'AFD, nous livre, à partir de quelques objets urbains de notre quotidien, quelques clés de compréhension des enjeux des villes, du "Sud" comme du "Nord". Une manière de comprendre que villes du nord et du Sud ont des problématiques communes.

 

 

 

 

Penser avant tout les villes comme des réseaux

Chaque ville , quel que soit son degré de modernité, ressemble à un maillage, une superposition de réseaux, pour la plupart visibles dans le paysage urbain. Qu'il s'agisse des réseaux d'électricité, de gaz, de télécommunication, de drainage des eaux usées ou des eaux pluviales , toutes ces fonctions sont tendues vers un but commun : garantir la sécurité, le bien-être et le mieux-vivre des populations citadines.

 

Première caractéristique d’une ville du Sud : une gestion publique lacunaire

Les éléments les plus banals d'une ville d'un pays du "Nord", perçus comme "allant de soi" - car ancrés depuis très longtemps dans le quotidien de sa population - sont encore inexistants ou alors extrêmement rares dans les villes du "Sud". L’on pense, entre autres, à des objets urbains ordinaires tels que les plaques de rues, d’égouts, les lampadaires, les routes goudronnées qui contribuent respectivement à la fois à l’adressage et l'identification des lieux et de leurs résidents, à la préservation de l’hygiène et de la santé publique , à la circulation des personnes et des biens de consommation ; comme autant de missions dont sont en charge les collectivités.

Les villes du Sud se signalent en général par l'absence de tels réseaux consolidés et dotés d'un fonctionnement optimal. Au mieux va-t-on trouver quelques éléments communs, comme des réseaux téléphoniques, des routes, des rues, mais sans revêtement, sans pavés et inondables à cause de canalisations peu fonctionnelles ou saturées, des quartiers et habitations sans panneaux de signalisation, un déficit d’éclairage public etc.

 

Cadastres et signalisations : des prérequis pour la gestion urbaine

A Paris, la présence de plaques de rue nous paraît normale. Pourtant, celles-ci sont inexistantes dans la plupart des villes et capitales des pays en développement. Or, en l'absence de telles indications, il n'est pas possible d'adresser des courriers, d'envoyer des avis d’imposition, de collecter correctement les taxes qu'en définitive, aucun dispositif n'oblige à payer. Cet état de fait est l'un des symptômes de l'absence de systèmes cadastraux véritablement opérationnels dans ces pays, s'agissant de la gestion, entre autres, des unités foncières et de l'historique des parcelles. 

Dans ces conditions, il est difficile voire impossible de savoir avec exactitude qui habite à tel ou tel endroit, ni combien de ménages, d'enfants, de personnes âgées ou ayant un handicap y résident. Pas plus qu'il n'est possible de déterminer qui est le propriétaire ou le locataire du lieu concerné, et ainsi d'être en mesure, par exemple, de collecter les taxes de vente.

 

Parvenir à une combinaison efficace du politique, de l'administratif et du technique

Si l'adressage est important, il ne suffit pas de peindre un numéro sur une porte comme on le voit dans beaucoup de pays africains, en espérant que cela suffise à résoudre le problème. Pour pouvoir organiser la vie de la cité, sa gestion, son développement, le processus est plus complexe et long à mettre en œuvre. C’est toute la gestion dans l’administration publique qu'il faut organiser et réformer, car c'est par cet instrument que l'Etat est en mesure de recencer, de savoir en temps réel ce qui se passe, et de gérer la ville dans le long terme. La plaque de rue est en quelque sorte le symbole de la gestion urbaine, laquelle englobe la plupart des services dont les citadins bénéficient au quotidien.

Le grand enjeu pour ces Etats et les institutions d'aide au développement, dont l’AFD, est de savoir comment créer tous ces réseaux urbains essentiels, les mettre en place, financer à la fois l’investissement dans ces infrastructures et mettre en œuvre les services adéquats pour les entretenir.
Sans réseaux d’assainissement, par exemple, dans les villes du sud, toutes les eaux usées se déversent dans les rues, les parcs, les cours d'eau naturels. Le défi n'est peut-être pas de parvenir à un résultat se rapprochant au plus près de Paris, ville particulièrement moderne, mais a minima, de disposer des services essentiels pour éviter que les déchets et eaux usées restent dans les maisons ou souillent les rivieres, garder les rues praticables et permettre aux citadins d'avoir accès à l’eau potable.

 

L'îlot Chalon : un exemple de reprise en main urbaine réussie

La transformation de ce quartier parisien, longtemps abandonné à sa paupérisation atteste qu'il n'existe pas de technique ou de modèle prédéfini à même de créer une ville moderne, agréable et bien gérée. Il faut penser à la fois aux équipements, aux logements, aux réseaux susdécrits, à la nature des activités que l'on veut y développer (des bureaux, un centre d'affaires, ou un espace vert par exemple) et notamment reconnecter cet ensemble avec les axes de transports. Tous ces projets nécessitent une réflexion globale, politique au sens de "gestion de la cité", qui doit se traduire par des politiques puliques qui doivent être cohérentes et complémentaires dans un même espace donné. L’autre élément est la manière dont ces opérations sont menées, en tenant compte d’abord de la durée : l'on parle en effet de projets dont le financement et les travaux s'échelonnent sur 20 ou 25 ans. Il faut, à cet égard, s'assurer de tenir la distance grâce à des institutions solides, politiquement, techniquement, financièrement pour porter de grands chantiers.

"La ville finance la ville" car l’opération se finance au fur et à mesure par la plus-value que la collectivité obtient en revendant les terrains qu’elle a achetés à bas prix dans les quartiers pauvres, après les avoir réaménagés. Cette plus-value permet de financer les équipements et, au bout du compte, l’opération urbaine s’autofinance sur une durée de 20 ans ou plus. Ce principe de l’aménagement n’existe pas en général dans les pays où l’AFD intervient. Il s'agit d'une véritable lacune qui va bien au-delà de la contrainte financière stricto sensu – puisqu' une petite avance de trésorerie suffirait pour acheter des terrains. Plus fondamentale est la question du fonctionnement et de la capacité des autorités locales à porter ces projets, et d'un point de vue technique, de disposer des ressources humaines suffisantes pour élaborer et mettre en œuvre une politique d’aménagement du type de l’îlot Chalon.

 

La procédure à suivre, selon le principe "La ville finance la ville"

Comment les choses se font concrètement ? La puissance publique commence par prendre possession des quartiers en déshérence via des expropriations, des préemptions voire des achats simples. Une fois que la puissance publique s'est rendue maître des terrains, elle peut détruire, reconstruire, aménager et réaménager à sa guise pour créer des nouveaux quartiers qui vont continuer à évoluer plus ou moins positivement, en fonction des choix qui auront été faits.

Si les villes sont constituées partout des mêmes choses, elle ne fonctionnent pas de la même manière. La raison est en partie liée au financement. Le maire de Paris dispose de 4000 euros par an et par habitant pour entretenir et investir. Le maire de Ouagadougou (commune de 1.300 000 habitants) dispose de 20 euros par an et par habitant. A titre de comparaison, le budget de cette ville, capitale du Burkina Faso, est inférieur de moitié au budget de la ville de Rodez, qui compte 25 000 habitants. Le maire de Lomé va disposer d’environ 8 à 10 euros par an et par habitant, le maire d’une petite ville du Bénin d’un demi-euro par an et par habitant... L’enjeu est donc évidemment d’augmenter les financements, les capacités pour une collectivité locale d’avoir à sa disposition suffisamment de financement pour investir dans le territoire sous sa juridiction, et l'entretenir. L’écart entre villes du Nord et villes du Sud est aujourd’hui abyssal, et notre défi est de parvenir à le combler.
 



Sud-Soudan : nouvel État, nouvelle coopération franco-allemande

29/06/2011

C'est à Juba, capitale du Sud-Soudan, que l'AFD et la GIZ (coopération technique allemande) ont signé une convention de financement de 6M€ pour un projet d'adduction d'eau, le 7 avril 2011. Cette subvention de l'AFD vient compléter celle octroyée par le ministère allemand de la coopération économique (BMZ) pour un montant identique.

Ce cofinancement franco-allemand doit permettre le développement du secteur de l'hydraulique urbaine au Sud-Soudan.

Il intervient seulement 3 mois après le référendum d'auto-détermination qui s'est tenu en janvier 2011 et doit aboutir à la naissance officielle du 54e Etat africain (et 193e Etat du monde) le 9 juillet 2011.


Latrines récemment construites
à l'école primaire
 


Formation à la mesure du niveau de la nappe souterraine

Dans cet Etat fragile qui sort à peine (depuis les accords de paix de 2005) d'une guerre civile de plus de vingt ans, tout reste à reconstruire, en particulier dans le domaine des infrastructures de base.

 

Seulement 5 % de la population ont accès à l'assainissement

Le secteur de l'eau et l'assainissement ne fait pas exception : on estime que seulement 29% de la population dispose d'un accès à l'eau potable, et seulement 5% pour ce qui concerne l'assainissement. Dans les villes, l'accès à l'eau potable est encore pire : presque plus aucun réseau n'est fonctionnel et le taux d'accès est estimé à 14%. Ces statistiques placent le Sud-Soudan au dernier rang mondial.

Ce constat alarmant risque d'être encore aggravé par les flux migratoires : d'une part un fort exode rural (la population est encore rurale à 80%), d'autre part un retour des réfugiés et déplacés internes qui pourrait s'accélérer après la création du nouvel Etat.


Plusieurs types de kiosques de vente d'eau seront testés afin de déterminer celui le mieux adapté au contexte sud-soudanais

 

Depuis les accords de paix, on constate néanmoins des progrès institutionnels : une politique sectorielle se met en oeuvre depuis 2009, un ministère des ressources en eau et de l'irrigation (MWRI) assure désormais un rôle de coordination du secteur, une Société des eaux urbaines a été créée, etc.

Ces réformes demeurent néanmoins inabouties et peinent à se mettre en oeuvre à cause du manque de capacités des acteurs nationaux.

Dans ce contexte, le renforcement des capacités apparaît comme prioritaire et constitue, à ce titre, une part essentielle de ce projet qui s'articule en 4 composantes :

  1. Le renforcement du ministère des ressources en eau et de l’irrigation (MWRI)
  2. La réforme de la Société des eaux urbaines du Sud-Soudan (SSUWC)
  3. La mise en œuvre de mesures-pilotes dans la ville de Yei
  4. Le renforcement de capacités des acteurs du secteur de l’eau

Le choix stratégique de la ville de Yei

  • située au sud du sud-Soudan, elle devrait être épargnée par les conflits plus ou moins importants qui risquent d'accompagner la séparation du Nord,
  • positionnée à l'intersection des routes qui relient le pays à l'Ouganda et la RDC, elle a le potentiel pour devenir un centre secondaire important qui limitera l'afflux de migrants vers la capitale Juba.

Les réalisations à Yei consistent en un réseau de distribution élémentaire, une vingtaine de kiosques de vente d'eau, des forages, des châteaux d'eau, des latrines publiques (en particulier dans les écoles) et des campagnes de promotion de l'hygiène, un bassin de traitement des eaux usées et des boues de vidange... Ces installations bénéficieront directement à 20 000 habitants qui verront ainsi leurs conditions de vie améliorées.

Mais l'enjeu est plus large : Yei sera en fait le "centre d'expérimentation" de la mise en oeuvre de la politique de l'eau nationale. Un opérateur y sera créé pour gérer l'exploitation et, pour la 1ère fois au Sud-Soudan, les tarifs seront fixés en visant à couvrir les coûts de fonctionnement afin de pérenniser le service.

Un centre de formation aux métiers de l'eau à vocation nationale sera également mis en place.

Ces mesures-pilotes permettront de renforcer les capacités des acteurs à tous les niveaux (national, régional et local) en tenant compte des lois de décentralisation. Les administrations seront concernées tout autant que le secteur privé (petits artisans, électromécaniciens, électriciens...).



Sur la photo, Premier rang : Didier GREBERT, AFD – Christian Bader, Consul général de France – Manfred Van Eckert, représentant de la GiZ au Sud-Soudan
Deuxième rang : Isaac Liabwel, secrétaire général du ministère sud-soudanais des ressources en eau et de l’irrigation – Norbert Hagen, responsable du programme Eau urbaine à la GiZ.



Archives