Accompagner la transhumance et prévenir les conflits au Tchad
Contexte
L’élevage est essentiel à l’économie tchadienne : première exportation du pays hors pétrole, il contribue à hauteur de 15% au PIB national. L’élevage mobile, fondé sur le nomadisme et la transhumance, compte pour 90% du secteur. Ces pratiques ancestrales, qui permettent l’adaptation à un contexte environnemental difficile (précipitations irrégulières, sécheresses…) sont menacées par la croissance de l’agriculture et de l’élevage sédentaire et par une mauvaise répartition des points d’eau sur l’ensemble du territoire. Dans ces zones frontalières avec le Darfour, la conciliation entre les nomades et les sédentaires est un impératif pour la stabilité et le maintien de la paix dans le pays.
La sécurisation des pratiques d’élevage mobile, à la fois respectueuses de l’environnement (préservation et enrichissement de la qualité des pâturages, lutte contre la désertification) et performantes sur le plan économique (meilleure qualité des pâturages, plus grande productivité) participe ainsi également de la prévention des conflits.
Cette approche originale, située à contre-courant des pratiques de développement agricole dites ‘modernisantes’ traditionnellement préconisées par les bailleurs de fonds, a très tôt été mise en avant par l’Agence Française de Développement (AFD). Elle finance depuis plus de 15 ans des projets d’hydraulique pastorale au Tchad pour une valorisation optimale des zones arides et semi-arides du nord et de l’est du pays. La réalisation d’ouvrages hydrauliques, la sécurisation des parcours de transhumance, et le développement de relations entre éleveurs nomades et sédentaires sont les principales composantes du projet. Les résultats obtenus sont spectaculaires : augmentation de la taille des cheptels, amélioration sensible de la production et du revenu des éleveurs, recul de la désertification, pacification des relations entre populations nomades et sédentaires.
Objectifs
L’enjeu du projet consiste à concilier développement économique, préservation de l’environnement et prévention des conflits, en soutenant le développement et la sécurisation à long terme de l’élevage mobile.
Les objectifs spécifiques de l’AFD sont les suivants :
- favoriser un aménagement et une exploitation rationnels de l’espace pastoral ;
- augmenter/diversifier la production animale et améliorer le niveau/la qualité de vie des éleveurs ;
- préserver l’environnement ;
- améliorer la participation et la responsabilisation des communautés de base et des opérateurs économiques à travers la création de parcours négociés et en laissant une large part aux savoirs traditionnels ;
- encourager la coopération entre éleveurs nomades et sédentaires et diminuer les conflits.
Descriptif du projet
L’action de l’AFD dans le domaine de l’hydraulique pastorale au Tchad s’est échelonnée sur une période de quinze ans à travers huit projets, pour un coût total de 50 millions d’euros.
Le programme comprend deux volets :
- des projets hydrauliques classiques (études techniques, réalisations physiques)
- des projets d’appui organisationnel (accompagnement des négociations locales pour l’implantation des points d’eau, mise en place de mécanismes de concertation et d’arbitrage entre agriculteurs et éleveurs nomades et renforcement des capacités locales de gestion de l’espace et des ressources).
Près de 40% du coût total du programme a été consacré au volet ‘prévention et résolution des conflits’. La mise en place d’organes de concertation réunissant populations sédentaires et éleveurs nomades autour de partenariats coopératifs permet la résolution et la prévention des conflits entre ces deux catégories de population. L’application du principe de subsidiarité, combinée à une approche souple permettant de réviser les programmes en cours de projet, est un facteur de pérennité.
Impacts
- Réalisation de 1 000 points d’eau ;
- Réalisation de plus de 2 000km de pistes de transhumance ;
- Mise en place d’instances de dialogue et gestion concertée des points d’eau ;
- Sécurisation des couloirs existants ;
- Acquisition de compétences locales en prévention des conflits agro-pastoraux ;
- Hausse de la production et amélioration des revenus des éleveurs.
Dates et montants
Démarrage : 1990
Financement: subvention de 50 millions d’euros aux autorités tchadiennes
